Interview d’une femme poète, Colette Andriot

A l’occasion du Printemps des poètes, les élèves de 6eA et 6eC rencontreront Mme Colette Andriot qui leur proposera un atelier d’écriture poétique le vendredi 21 mars 2014.

Afin de mieux la connaître et de préparer sa venue, Mmes Lemmet et Blin ont demandé quelles questions ils souhaiteraient lui poser.

Voici donc les questions des élèves et les réponses du poète :

Avez-vous des souvenirs de la 2nde Guerre Mondiale ? Je suis née pendant cette guerre, en 1941, j’étais donc très jeune. Mais j’ai le souvenir de combats dans le village de mes grands-parents dans l’Ain, entre les résistants et des soldats allemands. Ce sont surtout les bruits qui restent dans ma mémoire, parce que j’étais protégée dans une cave avec d’autres personnes. J’ai gardé longtemps la peur des avions. Et d’autres souvenirs qu’il serait un peu long de vous raconter ici.

Petite, aimiez-vous lire ? J’ai su lire à 5 ans et j’ai toujours aimé lire. Il y avait la bibliothèque de la classe et mes parents m’offraient des livres. Plus grande, je m’en achetais avec l’argent de poche que l’on me donnait. Etudiante, j’achetais un livre de poche, (c’était le début de ces collections), à la place de mon ticket de restaurant universitaire.

Enfant, étiez-vous forte en poésie ? En mémorisation ? Je n’aimais pas particulièrement ce que l’on appelait la « récitation ». Il fallait apprendre par cœur et réciter des poèmes que j’aimais ou pas.

A quel âge avez-vous découvert votre amour pour la poésie ? A l’école, puis au fil des années et des rencontres que je faisais avec les poètes que nous découvrions avec nos professeurs. Puis peu à peu avec mes propres lectures.

Comment avez-vous su que vous aviez un talent de poétesse ? Je préfère être poète plutôt que poétesse. Le mot poète, qui se termine par un « e » peut être employé au féminin. Il est plus agréable à l’oreille. Je suis donc poète. Je me suis autorisée à le dire lorsque j’ai écrit mon premier recueil et qu’il a été accepté et publié par un éditeur.

A quel âge avez-vous commencé à écrire ? Je ne sais plus très bien. A l’école, sans doute. Puis j’ai su que j’aimais écrire quand j’étais adolescente. J’ai jeté tout ce que j’écrivais jusqu’à ce que j’ose montrer mon travail. J’étais adulte, jeune adulte. J’ai été encouragée à continuer.

Aimiez-vous l’école ? Oui beaucoup.

Ma matière préférée ? Le français et le sport.

Celle que je détestais le plus ? La physique.

Quel était votre rêve de jeunesse ?  A quel métier rêviez-vous ? Je rêvais d’écrire de longs romans. Mais il me fallait un métier, j’ai choisi l’enseignement.

Dans quelle ville habitez-vous, quelle région ? J’habite à Chatenoy le Royal (6000 habitants) banlieue de Chalon sur Saône, en Bourgogne.

Etes-vous mariée ? Oui.

Avez-vous des enfants ?  Oui, deux.

Dans votre famille avez-vous des poètes ou des hommes de lettres ? Mes parents ont quitté l’école bien jeunes et  les membres de ma famille : il fallait travailler. A cette époque, quand on n’avait pas d’argent, on travaillait vers 14 ans, en ville comme à la campagne.

De quoi sont composées vos journées ? Quelle part la poésie prend-elle ? J’essaie de m’organiser pour être à mon bureau dans une pièce un peu tranquille, entourée de mes livres, chaque jour. J’écris de manière régulière. Et je lis aussi.

Avez-vous un animal de compagnie ? Oui, une petite chatte, venue je ne sais d’où dans notre jardin un matin de septembre 2013.

Pourquoi avez-vous « voulu » être poète ? Est-ce une vocation depuis toujours ? Voilà une question que je ne m’étais jamais vraiment posée. J’ai toujours aimé lire de la poésie, écouter des comédiens en dire ou écouter des chanteurs qui écrivaient de beaux textes de chansons ou qui mettaient en musique des poèmes. J’aimais les mots, la langue. J’avais envie de dire ce que je voyais autour de moi, ce que je ressentais. Certains deviennent peintre ou comédien, ou…, je suis devenue poète.

Est-ce votre métier de bibliothécaire qui vous a donné envie d’écrire ? J’écrivais avant d’être bibliothécaire.

Quel autre métier  auriez-vous aimé exercer ? Quand j’étais au lycée, j’aurais voulu être professeur d’histoire.

Pourquoi avoir exercé plusieurs métiers ? … parce que j’en ai eu l’occasion et que ces métiers ont été pour moi des expériences passionnantes.

Avez-vous pris des cours pour apprendre à écrire de la poésie ? Il n’existe pas de cours. J’ai lu, comme je vous l’ai dit. J’ai reçu des conseils d’amis poètes, ou écrivains.

Quand avez-vous été reconnue comme poète ? Après quelques publications.

Quels sont vos poètes préférés ? J’ai eu des poètes préférés parmi eux : Baudelaire, Victor Hugo, Verlaine, Paul Eluard, Guillevic, René Char et parmi les poètes contemporains : la liste est très longue. Au hasard : Luce Guilbaud, Jean-Pierre Siméon, James Sacré, les poètes qui sont là pour les journées poétiques de La Suze. La liste n’est pas close.

Avez-vous un poème préféré ?   J’en ai plusieurs. Peut-être vous en lirai-je.

Avez-vous des amis poètes ?   Oui.

Votre livre préféré ?   Il m’est très difficile de répondre à ces questions. Il y a toujours de nombreux livres préférés, des auteurs préférés. J’ai beaucoup lu et j’ai découvert des écrivains, des poètes et constitué ma petite bibliothèque personnelle où, bien sûr, la poésie occupe une bonne place.

Lequel de vos poèmes préférez-vous ? Je vous le lirai.

En  dehors de la poésie  avez-vous d’autres passions, des hobbies ? J’aime le théâtre, la musique, la peinture et j’aime faire mon jardin, marcher en ville ou à la campagne.

Aimez-vous la philosophie ? Oui, mais je n’ai pas le temps de lire beaucoup de livres.

Quel est votre film préféré ? En 2012, j’ai beaucoup aimé : « Welcome », film de Philippe Lioret avec Vincent Lindon. L’année dernière, un très beau film hongrois « Just the wind » à propos du racisme contre les Roms.

Vos musiques préférées ? Le jazz, la musique classique, les musiques du monde.

Votre plat préféré ?  Le gratin dauphinois.

Pratiquez-vous un sport ? La marche.

Avez-vous un compte Facebook ? Non.

D’où vient votre inspiration ? Quels sont vos thèmes de prédilection ? Plutôt que le mot « inspiration », je préfère parler de ce qui m’émeut, me fait réfléchir, me pousse à écrire, chercher les mots pour le dire. Mon premier travail est de prendre des notes.Ce qui fait que je vais réagir, avoir le désir d’écrire, c’est le regard que je pose autour de moi. Je suis comme un guetteur de la vie autour de moi. Effectivement, je m’intéresse à la vie des gens, donc à l’actualité dans ce qu’elle est importante pour les relations entre les personnes. La vie quotidienne, la condition des femmes, la vie tout simplement. Je regarde. J’observe. Je rencontre. Nous pourrons reprendre ensemble cette question intéressante.

Avez-vous des phobies ? Si oui, est-ce le sujet d’un de vos poèmes ? Phobie est un mot très fort. Je dirai plutôt des peurs, des indignations. Comme tout le monde. Je ne comprends pas certaines choses comme la misère, l’injustice, la violence, ceux qui veulent imposer toujours leur volonté, leurs croyances…comme tout le monde, je n’aime pas voir souffrir les gens. C’est une grave et vaste question et oui on retrouve toutes ces préoccupations dans mes poèmes. Nous pourrons aussi en reparler.

Vous inspirez-vous d’autres poètes ? Dans une autre question je nommais les poètes qui m’ont influencée quand j’étais jeune. Mais, en fait, chaque poète doit chercher sa propre parole, sa propre voie. C’est la même chose pour tous les artistes.

Etes-vous toujours inspirée ? Comme je vous le disais dans une précédente question, je n’aime pas trop parler d’inspiration, comme si, assise à ma table, je convoquais ou attendais qu’une muse me souffle à l’oreille un beau poème. S’il me semble que je vais écrire un poème ou plutôt un projet de poème, le plus important, c’est un travail d’écriture. Ecrire, c’est un travail. Un travail que j’aime faire. Un travail qui est indispensable à ma vie.

Pourquoi écrivez-vous ? Comme un peintre à besoin de peindre, un comédien de faire du théâtre, un musicien de jouer ou composer de la musique. Comme quelqu’un qui aime lire cherche le livre qu’il n’a pas encore trouvé .Chaque fois que j’écris en souhaitant écrire mon plus beau poème, je me demande pourquoi j’écris. Sans doute, justement, parce que je n’ai pas encore écrit mon plus beau poème.

Est-ce une passion ?  Non, plutôt une manière de vivre.

Avez- vous des aides pour écrire ou pour trouver l’inspiration ?  Non.

Ecrivez-vous d’abord vos idées ? Avez-vous toujours la même technique d’écriture ? Je n’ai pas  toujours la même technique d’écriture. Parfois, je prends des notes dans un petit carnet que j’ai toujours avec moi, pour ne pas oublier une émotion, quelque chose que j’ai vu et me semble important, beau ou au contraire qui m’indigne, une rencontre etc. Parfois j’écris un premier jet, mais je le laisse « reposer », je l’oublie et le retravaille plus tard. C’est un travail qui peut prendre du temps. J’écris autre chose. Il me faut du temps pour décider qu’un poème est terminé.

Combien de temps mettez-vous pour écrire un poème ? Comme je viens de tenter de répondre à la précédente question : cela demande du temps.

A quelle fréquence écrivez-vous ? J’essaie d’écrire tous les jours.

Y a-t-il des lieux ou des moments plus propices à l’écriture en ce qui vous concerne ? J’ai besoin d’être seule et au silence.

Sur quel support (ordinateur, feuille), avec quoi écrivez-vous ? J’écris mes premières notes, mes premiers jets au crayon, sur des feuilles de papier. Puis, quand le poème prend forme, je prends mon stylo plume. Quand j’ai terminé un ensemble de poèmes, je les tape sur l’ordinateur.

Ecrivez-vous en alexandrins ?  Non.

Quand vous écrivez, préférez-vous la poésie en en vers ou en prose ? Cela dépend. En ce moment, j’écris plutôt en vers.

Dédicacez-vous certains de vos poèmes ou recueils ? J’ai dédicacé «  Pattes d’oiseaux pattes de chat »  à mes petits-enfants.

Vos poèmes ont-ils été traduits ?  Non.

Avez-vous présenté vos œuvres à l’étranger ?  Non.

Combien de recueils avez-vous écrit ? Combien de poèmes ? J’ai écrit 10 recueils : 9 sont édités, le dernier est chez une éditrice en attente d’être publié. Et j’ai de nombreux poèmes parus dans de revues et des anthologies. Peut-être un jour, les regrouperai-je dans un recueil. Et je travaille à un prochain recueil.

Avez-vous un éditeur préféré pour vos poèmes ? Avec chacun de mes éditeurs, j’ai noué des relations amicales. Ils sont aussi poètes.

Avez-vous participé à un concours de poésie ? Une seule fois, il y a longtemps, et je l’ai remporté. C’était un concours en Bourgogne.

Gagne-t-on sa vie quand on est poète ? Etre poète, ce n’est pas un métier, et quand on n’a pas de fortune personnelle, il faut travailler, avec un métier, pour gagner sa vie. C’est le cas de tous les écrivains, sauf exception. Je complète : c’est le cas de bien des artistes. Même des plus grands.

Lequel de vos ouvrages a été le plus vendu ? Quel tirage ? Il me semble que c’est « Pattes d’oiseaux pattes de chat ». Mais le tirage était plus important que pour les autres. Quelques uns de mes recueils sont épuisés. Les tirages des recueils de poésie sont généralement de quelques centaines.

Travaillez-vous sur un poème en ce moment ? Que pouvez-vous nous en dire ? Oui, mais je vous apporterai quelques traces de ce travail.

Faites-vous des lectures publiques ?  Oui.

Jusqu’à présent, quelle fut l’année la plus faste ou la plus fructueuse ? Je ne sais pas, je ne pose pas la question !

Si on devait qualifier vos poèmes par un seul adjectif, ce serait lequel ? Question difficile. Un seul adjectif, est réducteur. Donc un peu superficiel. Un poème se lit et se relit, comme on écoute plusieurs fois une chanson, un morceau de musique. De même on va au musée regarder plusieurs fois des tableaux que l’on aime. Chaque fois on découvre dans ces œuvres quelque chose qu’on n’y avait pas encore vu ou entendu. Disons, pour aller vite que ma poésie est celle d’une poète qui regarde le monde et ses humains.

Les élèves de 6eA et 6eC

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