La guerre de Jean Arrial à travers sa correspondance

Avant la guerre :

Jean Arrial est né le 1er octobre 1886 à Saint-Crespin. Son père, Maximin Arrial, est un cultivateur âgé de 27 ans et sa mère Jeanne Babonneau, est une cultivatrice de 20 ans. Il a une sœur qui s’appelle Jeanne et qui est née le 11 janvier 1893.

Jean Arrial exerce la profession de cantonnier. Il avait les cheveux et les yeux noirs, un menton rond , un visage ovale. Il mesurait 1m74. Il  épouse le 16 février 1914 Véronique Marie Denis lingère à Saint-Crespin. Elle est née le 10 janvier 1893 à Saint-Crespin, un jour avant sa future belle-sœur Jeanne.

La famille :

La sœur de Jean, Jeanne Arrial, se marie avec Léon Réthoré le 26 septembre 1912. Ils ont une petite fille qui s’appelle Solange. Jean Arrial est son parrain.

Son beau-frère Vincent Denis, était né le 8 juin 1885. Il était maçon et appartenait au    77 ème Régiment d’infanterie.

Pendant la guerre :

Jean Arrial est parti aux armées le 5 août 1914. Il avait 28 ans. Il a combattu pendant toute la guerre. Il était dans le 33ème régiment d’artillerie et au 220 ème régiment d’artillerie. Il est devenu premier canonnier conducteur le 21 mars 1918 et a été évacué malade le 26 novembre 1918.

Il écrit régulièrement des cartes postales à sa femme Véro et à son fils Jean, né le 6 février 1915. Il écrit également à sa sœur et à son beau-frère Vincent Denis.

Carte envoyée par sa femme le 24 avril 1915.  » Petit Jean » a deux mois.

Une longue correspondance …

Plus de soixante-dix cartes postales ont été conservées par la famille. Elles évoquent les combats, la vie quotidienne, la lassitude de la guerre, l’attente des lettres.L’orthographe originale est respectée.

Jean Arrial parle souvent de son fils « petit Jean » né alors qu’il est parti combattre. Il compte les mois depuis sa naissance et son désir de faire enfin sa connaissance.


Les combats

Le 14 décembre 1914 « On a fait une grande attaque avec peu de résultat. Sur les journaux  il a été parlé de la Woêvre. C’est le pays ou que je suis »

Le 7 mars 1915 « Enfin espérons que le jour approche où l’’on sera tous réunis cette fois là pour toujours car je crois que la guerre va finir bientôt : sur les journaux d’aujourd’hui les bandits d’alboches reculent sur tout le front ainsi que du côté de la Russie. »

Le 10 octobre 1915 « Hier j’ai vu un avion boche tomber par terre c’est très beau à voir mais c’est triste pour ceux qui sont dedans. Aujourd’hui ça tape fort dans des endroits mais pas chez nous. »

Le 29 février 1916 « Ce n’est pas pratique pour rendre réponse je suis dans une voiture au milieu d’une plaine et l’on ne sait pas où l’on va. Tant qu’il n’y aura pas d’offensive on restera en deuxième ligne et je voudrais bien que la guerre finisse pendant ce temps là. Pour ma permission je ne sais pas quand je l’aurai car elles sont arrêtées depuis trois jours (…) A présent l’on se trouve du côté de Verdun ».

La lassitude

Janvier 1915 « Désormais la guerre ne peut continuer longtemps car tous le monde commence à en avoir assez. »

Le 6 juin 1915 « Je crois qu’il* marchera tout seul quand je serai de retour car cette maudite  guerre ne va pas vite. Écris-moi un peu plus souvent car si tu savais comme on est content quand l’on reçoit une lettre de ceux que l’on aime tant ».

*son fils de 4 mois

Le 9 avril 1917 «  (…) hier pour le jour de Pâques on a fait 28 kilomètres et on a défilé musiques en tête devant la statue de Jeanne d’Arc à Vaucouleurs et il y avait des drapeaux presque à toutes les fenêtres. Je crois tout de même que cette maudite guerre va finir bientôt et il serait bien temps, il y a une femme qui nous a dit que la guerre finirait le 20 juin cette année, si c’était seulement vrai enfin il faut prendre courage et que bientôt je retournerai auprès de vous  ».

Des punitions …

Le 13 juin 1915 « Je vais te dire aussi qu’il faut que je balaye la route pendant trois jours car je n’étais pas levé pour l’appel  à 6 heures du matin mais je leur ai dit que ça m’était égal, que c’était mon métier* mais j’aimerai bien mieux le faire à Montfaucon enfin espérons que ce sera bientôt ».

* Il est cantonnier.

Repas de fête …

Le 2 janvier 1916 « Je vais te donner le menu que l’on a eu pour le premier de l’an : trois pattes de cochon pour 17, avec un peu de bœuf, un morceau de jambon gros comme le pouce, une cuillère à café de confiture, deux pommes grosses comme des noisettes et encore il y en avait une de pourries, un cigare de 10 cent et pour finir  une bouteille de champagnisé pour 4 : il n’y en  a pas eu un seul qui a attrapé une indigestion ».

Les copains morts, les blessés.

Janvier 1915  » je le savais que Joseph Réthoré était mort « .

Il s’agit du beau-frère de sa sœur, Joseph Réthoré, soldat du 77 RI décédé le 8 décembre 1914 à Hooge en Belgique.

Le 28 avril 1915, » Hier, j’ai vu Martin Birot du collège, il m’a dit que Pierre Juteau était à faire des tranchées à 3 kilomètres de ou que je suis j’espère bien le voir un de ses jours. Martin m’a appris  aussi la mort de Emanuel Guérin et Racineux de Montfaucon. Hier j’ai reçu une lettre de Chauviré, il me dit qu’il n’est pas trop malheureux depuis qu’il est cicliste ».

Emmanuel Guérin est mort le 15 février 1915 à Norroy.

Le 7 mai 1916, son beau-frère, Vincent Denis, également soldat du 77 RI meurt à la cote 304 de Esnes.

Le 24 août 1916  » Je suis avec Léon Pierre Juteau et Jean Baron ».

Léon Réthoré, le mari de sa soeur,  meurt le 7 avril 1918 suite à des blessures de guerre à l’hôpital complémentaire de Beauvais dans l’Oise. Il appartenait au 277 RI.

Le 26 février 1918 « Ça doit commencer à être triste à St Crespin avec les nouveaux morts qu’il y a ».

Le copain Alphonse Ripoche ne meurt pas à la guerre. Pierre Juteau meurt le 18 juillet 1918 dans la Marne.

 

Une des dernières cartes envoyées. Le 1er mars 1919.

Jean Arrial meurt le 21 mars 1930 à l’age de 44 ans.

Merci à Clément et à sa famille pour le prêt des cartes.

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