🤖 L’intelligence artificielle à hauteur d’enfant

L’intelligence artificielle fait désormais partie de notre quotidien.
Plutôt que d’attendre que les enfants l’utilisent sans réellement comprendre ce qui se passe derrière leur écran, nous avons fait un autre choix :
apprendre très tôt à la comprendre pour mieux l’utiliser.
Depuis 2022, les élèves de GS-CP de notre école travaillent ainsi autour de l’intelligence artificielle à travers un projet intitulé :
« L’intelligence artificielle à hauteur d’enfant »
Pas question évidemment d’entrer dans des notions informatiques complexes avec des enfants de 5 à 7 ans.
Nous partons de situations très concrètes, d’expériences, de jeux, de débats et de manipulations pour leur permettre de comprendre quelques grands principes… et surtout développer leur esprit critique.
🧠 D’abord… qu’est-ce que l’intelligence ?
Avant de parler d’intelligence artificielle, nous commençons par parler… d’intelligence !
Qu’est-ce qu’être intelligent ?
Est-ce savoir beaucoup de choses ?
Réussir à l’école ?
Trouver une solution ?
Apprendre de ses erreurs ?
Un animal peut-il être intelligent ?
Une machine peut-elle être intelligente ?
Ces premières discussions prennent la forme de véritables petits débats philosophiques.
Les enfants argumentent, confrontent leurs représentations et découvrent progressivement qu’il est finalement assez difficile de définir l’intelligence.
Et seulement ensuite arrive une nouvelle question :
Une machine peut-elle apprendre ?
👶 Une « bébé intelligence » qu’il faut entraîner
Pour comprendre comment une intelligence artificielle peut apprendre, les élèves découvrent une IA encore très peu entraînée.
Nous l’appelons parfois notre « bébé intelligence ».
Sa mission : apprendre à reconnaître certaines choses.
Les enfants commencent par l’entraîner à reconnaître des formes.
Ils lui montrent des exemples.
Encore et encore.
Puis ils la testent.
Petit à petit, l’ordinateur parvient à classer de nouvelles formes qu’il n’avait jamais vues.
Première découverte fondamentale :
une IA a besoin de données pour apprendre.
🧚 Fée ou sorcière ?
Nous compliquons ensuite l’expérience.
Cette fois, il faut apprendre à notre IA à distinguer des fées et des sorcières.
Les enfants choisissent les exemples qu’ils vont lui fournir.
Puis nous testons notre modèle.
Et forcément…
l’IA se trompe !
Pourquoi ?
Les élèves commencent alors à chercher.
Avons-nous donné suffisamment d’exemples ?
Étaient-ils assez différents ?
Est-ce que toutes nos sorcières se ressemblaient ?
Avons-nous montré suffisamment de situations différentes ?
Les enfants découvrent ainsi, très concrètement, que la qualité et la diversité des données utilisées pour entraîner une intelligence artificielle influencent ses réponses.
😈 Et si nous apprenions volontairement quelque chose de faux à l’IA ?
Nous allons même jusqu’à faire une expérience assez amusante.
Nous décidons de « mentir » à notre IA.
Nous lui fournissons volontairement de mauvaises informations pendant son entraînement.
Puis nous l’interrogeons.
Et elle reproduit ce que nous lui avons appris.
Pour les enfants, la démonstration est particulièrement parlante.
Une intelligence artificielle ne détient pas automatiquement « la vérité ».
Elle dépend notamment des données auxquelles elle a été confrontée.
Une première approche, à hauteur d’enfant, de notions pourtant essentielles : qualité des données, erreurs et biais algorithmiques.
⚠️ « L’ordinateur l’a dit » ne signifie pas « c’est vrai »
C’est probablement l’un des apprentissages les plus importants du projet.
Nous voulons progressivement installer chez les élèves un réflexe :
vérifier.
Une IA peut produire une réponse très convaincante…
et pourtant se tromper.
Elle peut également reproduire les erreurs présentes dans les informations qu’on lui a fournies.
Les enfants apprennent donc progressivement à ne pas confondre une réponse produite par une machine et une information vérifiée.
Une compétence qui devient essentielle dans l’éducation aux médias et à l’information.
✍️ Et avec les IA génératives ?
Avec l’arrivée des intelligences artificielles génératives, notre projet a naturellement évolué.
Nous avons notamment essayé de produire collectivement un texte avec une IA.
Les élèves proposent.
Nous formulons notre demande.
L’IA écrit.
Et ensuite…
nous relisons !
Est-ce exactement ce que nous voulions ?
Est-ce cohérent ?
Y a-t-il des erreurs ?
Peut-on améliorer le texte ?
Comment faut-il reformuler notre demande pour obtenir quelque chose de plus proche de notre intention ?
Les enfants découvrent alors que l’IA ne remplace absolument pas le travail de réflexion.
Au contraire, il faut lire, comprendre, vérifier, critiquer, corriger et reformuler.
🎨 Quand l’IA doit dessiner notre histoire…
Nous avons également expérimenté la création d’images.
Et là encore, les résultats sont parfois surprenants !
Un personnage qui change d’apparence d’une image à l’autre.
Un détail demandé qui disparaît.
Une scène qui ne correspond pas exactement au texte.
Des éléments incohérents.
Les enfants deviennent alors particulièrement attentifs.
« Mais ce n’est pas ce qu’on lui avait demandé ! »
Il faut expliquer autrement.
Ajouter des précisions.
Recommencer.
Comparer les propositions.
Choisir.
La génération d’images devient ainsi un formidable exercice de langage, de précision du vocabulaire, de patience et d’esprit critique.
🧠 Utiliser l’IA… sans lui confier notre cerveau !
C’est finalement toute la philosophie de notre projet.
Nous ne cherchons ni à présenter l’intelligence artificielle comme quelque chose de magique, ni à en faire quelque chose d’effrayant.
Nous cherchons à permettre aux enfants de comprendre progressivement :
🤖 qu’une IA est un outil ;
📚 qu’elle apprend à partir de données ;
⚠️ qu’elle peut se tromper ;
🧐 que ses réponses doivent être questionnées ;
🔎 qu’une information importante doit être vérifiée ;
💬 que la manière de formuler une demande influence le résultat ;
✍️ que l’humain doit relire, corriger et choisir ;
🧠 et surtout que l’outil ne remplace ni la réflexion, ni la créativité, ni l’esprit critique.
🔄 Un projet qui grandit avec les élèves
Le projet est mené depuis 2022.
La particularité de notre classe multiâge permet également une transmission intéressante d’une année à l’autre.
Les élèves qui ont déjà travaillé sur l’intelligence artificielle retrouvent certaines notions l’année suivante et peuvent les expliquer aux nouveaux élèves.
Et certains sont particulièrement heureux de retrouver notre fameuse « bébé intelligence » !
Les connaissances se construisent ainsi progressivement et deviennent de plus en plus complexes à mesure que les enfants grandissent.
🇪🇺 Et demain ? Une réflexion à l’échelle européenne
Notre travail autour de l’intelligence artificielle s’inscrit également dans l’ouverture européenne de l’école.
Des projets eTwinning autour des STEM permettent de travailler avec d’autres écoles et d’imaginer des activités scientifiques et numériques partagées.
Cette dynamique pourra également nourrir nos futurs projets européens et Erasmus+.
Car l’intelligence artificielle pose partout les mêmes grandes questions éducatives :
Comment former des enfants capables d’utiliser les nouveaux outils sans renoncer à penser par eux-mêmes ?
🌱 Préparer les citoyens numériques de demain
Nos élèves ont aujourd’hui 5, 6 ou 7 ans.
Lorsqu’ils seront adultes, les intelligences artificielles qu’ils utiliseront seront probablement très différentes de celles que nous connaissons actuellement.
Nous ne pouvons pas savoir quels outils existeront.
En revanche, nous pouvons déjà leur transmettre des réflexes qui, eux, resteront essentiels :
Questionner. Vérifier. Comparer. Argumenter. Créer. Garder son esprit critique.
Finalement, notre objectif n’est pas d’apprendre aux enfants à utiliser une intelligence artificielle particulière.