🐴 Grandir avec le poney : un projet de médiation équine… et de recherche

🐴 Grandir avec le poney : un projet de médiation équine… et de recherche

Cette année, certains de nos élèves ont découvert une manière un peu différente d’apprendre et de grandir…

Aux côtés des poneys !

Mais attention : il ne s’agit pas de séances d’équitation.

À travers notre projet de médiation équine, le poney devient un véritable partenaire éducatif permettant aux enfants de travailler sur leurs émotions, leur confiance en eux, leurs relations avec les autres et de nombreuses compétences indispensables pour apprendre.

Et cette année, nous avons souhaité aller encore plus loin : observer et mesurer les effets de cette expérience sur les élèves.

🐴 Pourquoi travailler avec le poney ?

Le poney est un être vivant avec lequel il faut entrer en relation.

Il ne comprend pas une consigne parce qu’elle a simplement été prononcée. L’enfant doit observer, ajuster son comportement, contrôler certains gestes, tenir compte des réactions de l’animal et parfois essayer autrement.

Cette relation crée des situations particulièrement riches pour travailler les compétences psychosociales :

❤️ reconnaître et réguler ses émotions ;
🌱 développer la confiance en soi ;
👀 observer et être attentif ;
⏳ apprendre à attendre et contrôler son impulsivité ;
🤝 coopérer ;
💬 communiquer ;
💪 persévérer face à une difficulté ;
🧠 prendre conscience de ses propres stratégies.

❤️ Apprendre à reconnaître et réguler ses émotions

Face au poney, les émotions sont nombreuses : joie, excitation, appréhension, peur, fierté ou parfois frustration.

Les séances permettent aux enfants d’apprendre progressivement à identifier ce qu’ils ressentent et à mettre des mots sur leurs émotions.

Pour approcher l’animal et communiquer avec lui, il faut aussi parvenir à ajuster son propre comportement : ralentir, attendre, respirer, contrôler ses gestes ou accepter de recommencer.

Le poney offre alors un retour immédiat à l’enfant : son comportement influence directement la relation qui se construit avec l’animal.

🌱 « Je n’y arriverai pas »… puis « J’ai réussi ! »

La médiation équine offre également de nombreuses occasions de vivre de petites réussites.

Oser s’approcher.

Toucher l’animal.

Le brosser.

Réussir à le guider.

Surmonter une appréhension.

Trouver une autre stratégie lorsque la première ne fonctionne pas.

Pour certains enfants, ces réussites représentent beaucoup.

Elles contribuent progressivement à construire le sentiment de compétence et la confiance en soi.

👀 Observer avant d’agir

Le poney ne communique pas avec des mots.

Les enfants doivent donc apprendre à observer.

Que font ses oreilles ? Comment se tient-il ? Est-il détendu ? A-t-il envie de venir vers nous ? Comment réagit-il à notre comportement ?

Les élèves apprennent progressivement à rechercher des indices, à les interpréter puis à adapter leur comportement.

Cette capacité à observer l’autre avant d’agir peut ensuite prendre tout son sens dans les relations entre enfants.

🔬 Un projet qui s’appuie aussi sur la recherche scientifique

La médiation animale fait aujourd’hui l’objet de travaux scientifiques dans différents pays.

Les recherches disponibles suggèrent des effets intéressants des interventions assistées par l’animal sur certaines dimensions socio-émotionnelles, comportementales et cognitives, ainsi que sur certains apprentissages chez les enfants d’âge scolaire.

Les recherches spécifiquement consacrées aux interventions avec le cheval mettent également en évidence des résultats encourageants dans certains domaines.

Cependant, la recherche scientifique invite à rester prudents : les protocoles sont très différents d’une étude à l’autre et les chercheurs soulignent encore la nécessité de disposer de davantage d’études rigoureuses.

C’est précisément cette démarche qui nous intéresse :

ne pas simplement affirmer que « cela fonctionne », mais observer, mesurer, comparer et essayer de comprendre ce qui évolue réellement chez les élèves.

📊 Observer les effets sur nos élèves

Notre projet comporte donc également une dimension d’expérimentation pédagogique.

Au fil des séances, différents indicateurs peuvent être observés afin de suivre l’évolution des enfants :

  • engagement dans l’activité ;
  • capacité à entrer en relation ;
  • verbalisation des émotions ;
  • confiance et prise d’initiative ;
  • attention et concentration ;
  • contrôle de l’impulsivité ;
  • persévérance ;
  • coopération ;
  • capacité à demander ou accepter de l’aide ;
  • sentiment de compétence.

Les observations réalisées pendant les séances pourront également être mises en relation avec certains comportements observés dans le contexte scolaire.

L’objectif n’est pas d’évaluer les enfants à travers le poney, mais de chercher à comprendre ce que cette situation particulière leur permet de développer et ce qu’ils parviennent ensuite à transférer dans d’autres situations.

🧠 Du poney à la classe

C’est probablement l’une des questions les plus intéressantes de notre projet.

Un enfant qui apprend à attendre devant le poney parvient-il progressivement à mieux attendre dans d’autres situations ?

Celui qui ose prendre une initiative avec l’animal gagne-t-il également en assurance en classe ?

La persévérance développée lorsqu’il faut recommencer une activité peut-elle être mobilisée face à une tâche scolaire difficile ?

Les stratégies utilisées pour se calmer auprès du poney deviennent-elles utilisables dans la vie quotidienne ?

Autrement dit :

ce que l’enfant apprend avec le poney peut-il l’aider à mieux apprendre et à mieux vivre avec les autres ?

C’est ce que nous souhaitons progressivement observer.

🔬 Un projet directement issu de la recherche

Notre projet de médiation équine ne repose pas uniquement sur l’intuition que la présence du poney peut être bénéfique aux enfants.

Il est directement issu d’un travail de recherche universitaire consacré à la médiation équine à l’école et plus particulièrement à ses effets sur le sentiment de compétence, la régulation émotionnelle et les comportements des élèves.

Une première expérimentation a été menée auprès d’une classe de 20 élèves de grande section et de CP, composée de 9 élèves de GS et de 11 élèves de CP.

Les enfants ont participé à six séances hebdomadaires de médiation équine.

Afin de ne pas nous limiter à nos impressions, un véritable protocole pré-test/post-test a été mis en place.

Il associait notamment un auto-questionnaire sur le sentiment de compétence comportant 11 items, une auto-évaluation émotionnelle ainsi que des grilles d’observation renseignées par l’enseignante concernant les compétences émotionnelles et coopératives des élèves.

📊 Des résultats particulièrement encourageants

Les données recueillies avant et après les six séances ont permis de mettre en évidence des évolutions importantes.

Parmi les résultats observés :

⬇️ environ 90 % de difficultés en moins pour retrouver son calme après une contrariété

⬇️ 66 % de réactions impulsives en moins

⬇️ 76 % de difficultés en moins à poursuivre une activité malgré la frustration

Sur les indicateurs de régulation émotionnelle étudiés, le score moyen observé est passé de 1,2/5 avant le dispositif à 4,33/5 après les séances.

Au-delà des chiffres, les observations ont également mis en évidence des évolutions dans la capacité des enfants à verbaliser leurs émotions, à accepter certaines remarques, à gérer la frustration et à retrouver leur calme.

Ces résultats sont particulièrement intéressants car les compétences concernées sont également essentielles en classe : se réguler, contrôler son impulsivité, persévérer malgré une difficulté, accepter de recommencer et croire davantage en sa capacité à réussir.

🧠 Du poney aux apprentissages

C’est précisément l’une des questions qui guide notre travail.

Lorsqu’un enfant apprend, face au poney, à contrôler son impulsivité, à persévérer malgré une difficulté ou à retrouver son calme après une frustration, ces compétences peuvent-elles ensuite être transférées dans la classe ?

Et lorsqu’un enfant réussit quelque chose qu’il pensait ne pas être capable de faire, cette expérience peut-elle modifier son sentiment d’auto-efficacité, c’est-à-dire la conviction qu’il a de pouvoir réussir une tâche ?

Le poney devient alors bien davantage qu’un médiateur.

Il crée des situations dans lesquelles l’enfant peut essayer, échouer, ajuster sa stratégie, recommencer et finalement réussir.

🎓 Un mémoire… mais une recherche qui ne s’arrête pas là

Cette première expérimentation a donné lieu à un mémoire universitaire.

Mais le mémoire ne constitue pas l’aboutissement du projet.

Il en est plutôt le point de départ.

Aujourd’hui, la recherche se poursuit en collaboration avec une chercheuse de l’INSPE.

L’objectif est d’aller plus loin dans l’analyse des mécanismes à l’œuvre, d’affiner le protocole, de recueillir de nouvelles données et de mieux comprendre les effets de la médiation équine en contexte scolaire.

Notre école devient ainsi un véritable terrain de recherche appliquée, dans lequel pratique pédagogique et recherche scientifique viennent s’enrichir mutuellement.

📚 Et bientôt… un article scientifique

Cette collaboration doit également permettre une nouvelle étape importante : la rédaction d’un article scientifique consacré à cette recherche.

L’objectif sera de partager le protocole mis en œuvre, les résultats obtenus et les nouvelles données recueillies afin de contribuer aux connaissances sur la médiation équine à l’école.

Il ne s’agit donc pas simplement de raconter une expérience que nous avons trouvée positive.

Notre démarche est différente :

observer → formuler des hypothèses → expérimenter → mesurer → analyser → ajuster → partager.

Et c’est aussi ce qui rend la poursuite du projet particulièrement intéressante.

💚 Un projet soutenu sur plusieurs années

Nous avons la chance d’être accompagnés dans cette aventure par la Fondation Adrienne et Pierre Sommer.

La Fondation agit depuis plus de cinquante ans en faveur du développement de la médiation animale et soutient à la fois les initiatives de terrain et la recherche.

Grâce à son soutien, notre projet de médiation équine va pouvoir se poursuivre pendant encore deux années.

Cette durée est particulièrement précieuse : elle va nous permettre d’inscrire le projet dans le temps, d’affiner nos observations et de suivre progressivement les évolutions.

🐴 Observer, expérimenter, mesurer, ajuster, partager…

Avec ce projet, le poney devient à la fois un partenaire pour grandir et le point de départ d’une véritable démarche de réflexion pédagogique.

Apprendre à connaître l’animal, apprendre à connaître les autres… et parfois, apprendre à mieux se connaître soi-même.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *